Droits de l’Homme en Corée du Sud : la liberté religieuse au cœur des inquiétudes

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SÉOUL – Plusieurs organisations européennes de défense de la liberté de religion ont appelé les autorités sud-coréennes à réexaminer le traitement judiciaire réservé à plusieurs responsables religieux, lors d’une conférence de presse organisée le 7 août 2026 au Club des correspondants étrangers de Séoul.

Human Rights Without Frontiers (HRWF), CAP Liberté de Conscience, FOREF, CESNUR et Bitter Winter ont notamment interrogé la proportionnalité de certaines mesures de détention provisoire, leur compatibilité avec la présomption d’innocence ainsi que la prise en compte de l’âge et de l’état de santé des personnes concernées.

La détention de Lee Man-hee au cœur des préoccupations

Les organisations ont en particulier demandé un réexamen de la situation de Lee Man-hee, 95 ans, fondateur et dirigeant de l’Église Shincheonji de Jésus, actuellement placé en détention provisoire.

Son arrestation intervient cependant dans un contexte judiciaire précis. Les enquêteurs sud-coréens soupçonnent Lee Man-hee d’avoir participé à une opération visant à faire adhérer plus de 50 000 membres de Shincheonji au People Power Party (PPP), formation conservatrice, entre 2021 et 2024. Selon l’accusation, cette mobilisation aurait notamment visé à peser sur des processus électoraux internes et à favoriser les intérêts de l’organisation religieuse. Un tribunal a autorisé son placement en détention en invoquant notamment un risque de destruction de preuves. Shincheonji conteste les accusations.

Pour les associations réunies à Séoul, la question ne porte donc pas uniquement sur l’existence d’une procédure judiciaire, mais sur la nécessité et la proportionnalité du maintien en détention d’un homme de 95 ans dans l’attente de son procès.

Hans Noot, directeur adjoint de HRWF, estime que ces affaires touchent à des principes fondamentaux d’une société démocratique et appelle à éviter toute stigmatisation collective des communautés religieuses en raison des accusations visant certains de leurs dirigeants.

Thierry Valle, président de CAP Liberté de Conscience, a pour sa part interrogé la compatibilité d’une détention provisoire prolongée avec les engagements internationaux de la Corée du Sud, notamment au regard de la présomption d’innocence et de l’âge de la personne détenue.

L’Église de l’Unification également concernée par plusieurs procédures

La conférence a également abordé la situation de Hak Ja Han Moon, dirigeante de la Fédération des familles pour la paix et l’unification, plus connue sous le nom d’Église de l’Unification.

Son cas est distinct de celui de Lee Man-hee. Hak Ja Han a été arrêtée en septembre 2025 dans le cadre d’une enquête portant notamment sur des soupçons de corruption concernant l’entourage de l’ancien président conservateur Yoon Suk Yeol.

Les enquêteurs la soupçonnent d’avoir participé à un dispositif de remise de cadeaux et d’avantages destiné notamment à l’ancienne Première dame Kim Keon-hee ainsi qu’à un parlementaire. Hak Ja Han et son organisation contestent son implication personnelle et soutiennent qu’un responsable de l’Église aurait agi de sa propre initiative. Le tribunal avait également évoqué un risque de destruction de preuves lors de l’autorisation de son placement en détention.

Ces différentes enquêtes s’inscrivent dans un contexte politique particulièrement tendu en Corée du Sud, où plusieurs procédures judiciaires portent actuellement sur les liens entre certains mouvements religieux et des responsables politiques de l’ancienne majorité conservatrice.

Droits de l’Homme en Corée du Sud : les ONG dénoncent un risque de stigmatisation des minorités religieuses

Pour les associations présentes lors de la conférence, la lutte contre une éventuelle ingérence politique ne doit toutefois pas conduire à remettre en cause la liberté de religion des membres de ces organisations.

Michael Langhans, directeur exécutif de FOREF Allemagne, s’est notamment interrogé sur la nécessité de maintenir Lee Man-hee en détention alors que les autorités disposent déjà d’un dossier d’enquête conséquent.

Márk Nemes, directeur adjoint de CESNUR, a pour sa part évoqué le climat d’hostilité auquel Shincheonji serait confronté en Corée du Sud. CESNUR, qui mène des travaux consacrés aux nouveaux mouvements religieux, considère que les poursuites individuelles ne devraient pas entraîner une remise en cause globale du droit des membres de ces communautés à pratiquer et exprimer leur religion.

Massimo Introvigne, directeur général de CESNUR et rédacteur en chef de Bitter Winter, estime également que l’âge de Lee Man-hee et le caractère non violent des infractions qui lui sont reprochées devraient conduire les autorités à envisager une mesure moins restrictive que l’incarcération.

Il invoque notamment les principes internationaux relatifs au traitement des personnes détenues. Cette position constitue toutefois une interprétation défendue par les organisations présentes à la conférence, et non une obligation automatique imposant une assignation à résidence en raison de l’âge du prévenu.

Objection de conscience : un autre débat ancien en Corée du Sud

Les intervenants ont également rappelé les controverses entourant l’objection de conscience au service militaire.

Après plusieurs décennies pendant lesquelles de nombreux objecteurs, notamment des Témoins de Jéhovah, ont été emprisonnés, la Corée du Sud a mis en place un service civil alternatif.

Celui-ci dure néanmoins 36 mois et s’effectue notamment dans des établissements correctionnels. Amnesty International considère depuis sa création que ce dispositif est excessivement long et conserve un caractère punitif par rapport au service militaire ordinaire.

La conférence a par ailleurs évoqué d’autres questions relatives à la liberté religieuse en Corée du Sud, notamment des tensions autour d’un projet de mosquée à Daegu, des aménagements religieux dans les établissements scolaires ainsi que la situation de certaines communautés chrétiennes.

Liberté religieuse et respect des procédures judiciaires

À l’issue de la rencontre, les représentants des différentes organisations ont signé une lettre demandant au gouvernement sud-coréen la libération de Lee Man-hee.

Le débat oppose ainsi deux impératifs : d’un côté, la capacité de la justice sud-coréenne à enquêter sur d’éventuelles ingérences de groupes religieux dans la vie politique ; de l’autre, la nécessité de garantir la présomption d’innocence, la proportionnalité des mesures de détention et la liberté religieuse de personnes qui ne sont pas elles-mêmes mises en cause.

Les organisations réunies à Séoul appellent les autorités, les médias et les institutions internationales à examiner ces affaires sans assimiler les accusations visant certains dirigeants à l’ensemble des communautés religieuses concernées.

Sources : Human Rights Without Frontiers, Reuters, Associated Press, Amnesty International.

Pour en savoir plus : communiqué de Human Rights Without Frontiers consacré à la conférence du 7 août 2026.

Vidéo de la conférence de presse

 

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