L’histoire des monnaies locales
Payer autrement pour faire vivre les commerces de proximité : l’idée ne date pas des applications mobiles.
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Dès 1932, en pleine Grande Dépression, la ville autrichienne de Wörgl expérimente une monnaie locale destinée à accélérer les échanges.
Sa particularité : elle perd une petite partie de sa valeur chaque mois, pour encourager ses détenteurs à la dépenser plutôt qu’à la conserver. Les dispositifs actuels fonctionnent différemment, mais poursuivent une ambition comparable : orienter l’argent vers l’économie du territoire.
En France, les monnaies locales sous leur forme actuelle se développent à partir de 2010, avant d’obtenir une reconnaissance juridique avec la loi du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire. Complémentaires à l’euro, elles permettent de régler des achats auprès d’un réseau de professionnels adhérents.
La Banque de France en dénombre environ 70 dans une publication d’octobre 2026.
Quel poids représentent-elles réellement ?
L’enquête nationale publiée en 2023 par les chercheurs Jérôme Blanc, Marie Fare et Oriane Lafuente-Sampietro estimait, pour l’année 2022, leurs effectifs à environ 36 700 particuliers et 10 100 professionnels adhérents, pour plus de 7,3 millions d’euros équivalents en circulation. Ces chiffres désignent la monnaie disponible, et non le montant annuel des achats réalisés. Derrière ce bilan se cachent cependant de grandes disparités entre les réseaux.
Au Pays basque, l’eusko affiche ainsi un volume de transactions de 6,8 millions d’eusko pour la seule année 2025. D’autres initiatives restent beaucoup plus modestes. Ni solution miracle ni simple curiosité, les monnaies locales méritent donc mieux que quelques raccourcis. Voici cinq idées reçues à
Elles portent des noms de vent, de châtaigne ou de cloche de troupeau, et circulent dans des dizaines de territoires français. Les monnaies locales complémentaires restent pourtant mal connues, et entourées de quelques idées reçues tenaces. Tour d’horizon de ce qu’elles sont vraiment.
1. « C’est une fausse monnaie »
Non. Les monnaies locales complémentaires sont reconnues par la loi depuis 2014, par la loi relative à l’économie sociale et solidaire. Elles ne remplacent pas l’euro : elles s’utilisent en complément, à parité, une unité locale valant un euro. Les euros échangés sont conservés dans un fonds de garantie, souvent déposé dans une banque éthique comme la NEF. C’est le cas, par exemple, du trèfle en Dordogne, dont le fonds dépassait 25 000 euros en 2023.
2. « C’est réservé aux militants »
C’était souvent vrai à leurs débuts, et c’est leur principal défi. Mais les monnaies qui se développent misent désormais sur des usages concrets. À Toulouse, l’association Caissalim verse à chacun de ses membres un budget alimentaire de 100 euros par mois dans une monnaie numérique développée avec le sol-violette, quel que soit le montant de sa cotisation. La monnaie locale devient alors un outil d’accès à une alimentation de qualité, bien au-delà d’un engagement symbolique.
3. « Il faut forcément des billets »
Plus maintenant. Dans le Périgord, le trèfle n’a jamais eu de billets : on paie par SMS, depuis un simple téléphone portable, depuis 2016. Dans l’Allier, la soudicy propose à la fois des billets et un compte numérique. À La Réunion, le tikatsou, lancé en avril 2026, a intégré dès le départ une application mobile. Le numérique lève l’un des principaux freins : l’obligation de passer par un comptoir de change.
4. « Ça coûte cher aux commerçants »
Accepter une monnaie locale ne demande pas d’équipement coûteux. Dans le Comminges, en Haute-Garonne, l’application noisèt, dont le lancement est prévu en janvier 2027 avec la monnaie locale Touselle, permet d’encaisser avec un simple smartphone, sans terminal. Les clients paient avec une carte en bois sans contact ou par QR code. Chaque paiement donne lieu à une commission de 1 %, mais elle alimente une cagnotte engagée qui en reverse une bonne partie aux clients, jusqu’à 1 % de leurs achats chez les commerçants engagés.
5. « Ça ne sert pas à grand-chose »
Le principe des monnaies locales est mécanique : un euro converti ne peut plus partir vers une grande plateforme ou un placement lointain. Il circule entre habitants, commerçants, artisans et producteurs du territoire, souvent plusieurs fois avant d’être reconverti. Certaines monnaies vont plus loin : le lou pelou, en Limousin, agrée ses quelque 200 professionnels selon des critères de vie locale, de responsabilité écologique et de dimension sociale.
Un avenir qui passe par la simplicité
Les monnaies locales ne sont pas toutes promises au succès : certaines s’arrêtent faute de bénévoles. Mais celles qui simplifient l’usage, en passant au numérique ou au sans contact, et qui nouent des partenariats avec commerçants et collectivités, montrent qu’un autre modèle de paiement de proximité est possible.
Pour comprendre comment payer en monnaie locale depuis son téléphone https://noiset.fr/monnaie-locale-electronique, et ce que change la version électronique, un guide détaillé fait le point.



